gouttes rue du colibri
Article – blog du colibri

Cancer du testicule : le témoignage de Jonathan

Jonathan, 33 ans, a accepté de nous livrer son témoignage sur le cancer du testicule qui l’a touché en 2021.
Nous l’en remercions sincèrement. Car il participe ainsi à la libération de la parole des hommes. Essentielle pour aider ceux qui traversent cette épreuve et sensibiliser ceux qui sont susceptibles de la vivre.

Jonathan, aujourd’hui en rémission, n’a aucun mal à parler de son expérience du cancer. Ni de tabou sur les différents aspects de son parcours (symptômes, opération, prothèse, sexualité, entourage).

Relativement rare, le cancer du testicule atteint une cible jeune, de 15 à 35 ans. , il se repère par une masse, une lourdeur ou un gonflement du testicule. Dans ces cas-là, il faut consulter son médecin.
Le témoignage de Jonathan sur son cancer du testicule

Comment a été découvert le cancer du testicule ?

Les premiers signes

Premièrement, je ressentais une fatigue intense. J’ai d’abord mis cela sur le compte de mon changement professionnel. Nouvelle entreprise, nouvelle dynamique à découvrir.

Et puis, j’ai réalisé qu’il ne s’agissait pas d’une fatigue physique mais énergétique. Comme si on m’avait enlevé toute l’énergie de mon corps.

Je me suis dit que ça passerait. Mais ça n’a pas du tout été le cas. Plus les jours passaient, plus j’étais fatigué, c’était de pire en pire.

Parallèlement, j’avais une douleur au niveau des testicules quand je croisais mes jambes ou lorsque je portais des jeans un peu plus moulants. Les douleurs, quotidiennes, s’intensifiaient également.

Donc un soir, comme une femme qui se palpe les seins, j’ai palpé mes testicules. J’ai alors senti une grosseur au testicule droit, comme un caillou.

Et là, ça m’a alerté sans que je pense à un cancer du testicule. Il y avait certes quelque chose qui clochait mais qui ne m’inquiétait pas plus que cela.

Les examens médicaux

J’ai quand même décidé de voir mon médecin traitant qui a lui aussi palpé mon testicule. Il n’a rien senti alors que cela me semblait pourtant flagrant.

Tout est ensuite allé très vite. J’ai eu un rendez-vous d’échographie 10 jours après, où ils ont vu qu’il y avait une masse. On ne parlait pas de tumeur immédiatement. En effet, pour le cancer du testicule, il faut savoir qu’il n’y a pas de biopsie possible. On doit retirer pour analyser et conclure que c’est un cancer, bénin ou malin.

Donc voilà, l’échographie a révélé qu’il y avait quelque de pas normal entre les deux et que ça avait doublé ou triplé de volume.

De là, l’échographe a appelé mon médecin. J’ai tout de suite fait un scanner avec injection. Ils ont effectivement vu qu’il y avait quelque chose de pas bon.

Le lendemain, rendez-vous chez l’urologue, plus habitué à ce type de maladie. On ne parlait toujours pas de cancer du testicule mais déjà de possible tumeur.

15 jours après, j’ai subi une intervention chirurgicale avec ablation du testicule. On passe par l’aine au-dessus. On m’a ensuite mis une prothèse, qui est proposée dans le cas de sujets jeunes comme moi.

Puis trois semaines pour analyser le testicule et conclure à une tumeur cancéreuse.

Ensuite a lieu le Pet Scan, pour scanner tout le corps. On s’aperçoit alors qu’il y a des ganglions dans l’abdomen.

Là où, normalement, on peut enlever le cancer en retirant la tumeur, ça n’était pas mon cas. Car elle avait déjà commencé à se propager. D’où la décision d’entamer un cycle de chimio.

Combien de temps a duré la chimiothérapie ?

J’en ai fait pendant plusieurs mois, sur 4 cycles de chimiothérapie. À l’inverse d’un cancer féminin, comme le cancer du sein, ce n’était pas en ambulatoire.

Je passais ainsi la semaine entière en hospitalisation avec une chimiothérapie de 3h30 par jour du lundi au vendredi, et je sortais le samedi matin.

J’ai ainsi fait 4 cycles de 3 semaines : 1 de chimio et 2 de repos.

On tape en effet très très fort dans le cas d’un cancer du testicule. « C’est agressif mais en même temps ça soigne très bien !». Voilà ce qu’on m’a dit.

Ça se guérit très bien, à 98% de chance.

Connaissiez-vous le cancer du testicule ?

Non, je n’en avais pas de réelle connaissance avant mon diagnostic.

J’ai pris connaissance des chiffres plutôt rassurants que l’on m’a communiqués.

Sauf que moi, j’étais dans une phase un peu plus avancée du cancer, avec propagation de la tumeur.

Là où l’ablation suffit normalement, j’ai toujours un ganglion cancéreux à l’heure où je vous parle.

Ils n’ont pas réussi à l’éliminer totalement car il s’agit d’un ganglion lymphatique pré-cave, localisé près de la partie supérieure de l’abdomen, derrière l’abdomen et en avant de la veine cave inférieure. On ne peut donc pas l’opérer. Il est infiniment petit, et ça va être tout l’enjeu du suivi pendant la rémission.

Car je suis en rémission complète.

Il y a la possibilité que la chimiothérapie agisse encore quelques mois et élimine ce ganglion. On verra le résultat au Petscan.

Avez-vous cherché des infos sur internet ?

Alors bizarrement, non.

Je le faisais pourtant avant quand j’avais un rhume ou une douleur. J’y allais même quand on me le déconseillait.

Pour mon cancer du testicule, alors que j’avais toutes les raisons d’aller chercher infos et exemples de témoignage, je m’y suis refusé.

J’ai préféré poser des questions et m’informer auprès des professionnels autour de moi : mon oncologue et mon médecin traitant pour vraiment ne pas me faire de fausses idées.

Une fois en rémission, j’ai regardé un petit peu ce que j’aurais pu voir. Et bien heureusement que je n’avais pas regardé, parce que sinon je me serais déjà vu mort !

Ce cancer a-t-il touché votre vie de couple ?

Forcément, ça change les choses.

J’ai la chance d’avoir une conjointe très attentive. Elle m’a beaucoup épaulé et rassuré y compris au sujet de la sexualité.

Déjà l’opération fait qu’on n’a plus de rapport sexuel comme on peut en avoir eu avant. Parce que ça fait très très mal de se faire opérer à ce niveau-là.

Ensuite, certes il y a une prothèse mais en tant qu’homme, il faut accepter qu’on est venu trifouiller là en dessous, qu’il y avait ce cancer ici.

La réaction de la conjointe peut varier, comment va-t-elle réagir à ça, on la rassure aussi.

Personnellement, ce qui m’a réconforté, c’est qu’après cette opération j’ai retrouvé mon corps « d’homme ».

J’étais rassuré d’avoir des érections comme j’en avais avant, d’avoir des éjaculations comme avant, etc.

Ça aurait pu être plus grave.

Avez-vous eu la prothèse dès l'opération ?

Absolument, c’était heureusement proposé.

Soit on mettait la prothèse dans la foulée de l’opération, soit plus tard dans 5 ans.

J’ai choisi de faire l’opération avec prothèse et ne me suis donc jamais retrouvé sans rien.

Comment se sont passés vos séjours à l'hôpital ?

On était tous dans le même service, femme et homme sur un même étage. Vraiment tous dans le même bateau !

J’ai pu faire la connaissance d’autres patients, Des jeunes, des moins jeunes, beaucoup de cancers du poumon. Après, il y a ceux qui veulent en parler et ceux qui n’en parlent pas.

Comment expliquer que peu d'hommes parlent du cancer ?

À cause de la pudeur notamment.

Quand je me suis palpé, j’aurais très bien pu rester chez moi, ne pas en parler à ma conjointe, me dire que ça allait passer.

Mon médecin traitant est un homme, je savais qu’on allait passer par la palpation, il a fallu franchir toutes les étapes de la pudeur masculine avant même d’avoir le diagnostic du cancer.

Accepter toutes ces étapes pendant un cancer du testicule, c’est donc le témoignage d’une lutte contre sa pudeur.

Et également de la masculinité, parce qu’on se pose des questions. Enlever le testicule entraîne des risques d’infertilité. Moi qui rêve de devenir papa, on n’a pas envie d’être arrêté en plein vol.

Il y a des solutions. On m’a proposé de congeler mon spermatozoïde à la maternité, donc je n’ai pas réfléchi, c’était évident pour moi.

Donc au cas où, il y a 13 paillettes qui seront conservées jusqu’à mes 59 ans, au cas où je manque de fertilité ou si je suis en récidive du cancer du testicule.

Avez-vous reçu un soutien psychologique ?

Oui, et je continue à en recevoir.

Je l’ai eu à l’hôpital, toutes les conditions étaient réunies pour que ça se passe bien, tant sur la partie chimio que sur la partie psychologique.

J’avais un suivi avec des méthodes de thérapies douces, auxquelles je suis assez réceptif : sophrologie, hypnose.

Ça fait du bien à l’esprit et au corps, je trouve que c’est une très bonne chose que ça soit proposé.

Ce soutien m’a surtout permis de ne pas avoir recours à des médicaments comme les antidépresseurs.

On m’a en effet parlé de médicaments que j’aurais pu prendre pour accuser le coup de cette nouvelle, de ces soins. Par rapport à mon tempérament très angoissé, stressé, cette thérapie m’a aidé à me canaliser, à prendre du recul, à m’écouter et à écouter mon corps d’une autre manière. Elle m’a servi d’alternative aux traitements médicamenteux.

Comment avez-vous parlé du cancer à vos proches ?

En toute transparence.

Car j’avais besoin d’en parler aux amis, à l’hôpital, de poser des questions.

Donc j’ai dit à mes amis que j’avais un cancer, que je me soignais. Leur dire c’était aussi leur demander de me soutenir. Indirectement.
Et c’est ce qu’il s’est passé, ils ont été là pour moi et ça m’a beaucoup aidé dans le parcours.

Ils ont manifesté leur présence à l’hôpital et à travers les messages sur les réseaux sociaux, les visios, des mots, des messages, des photos de paysage, des amis qui partaient en voyage et qui pensaient à moi. Comme je sortais moins, ça me faisait du bien, des images que j’ai d’ailleurs conservées.

Quand les gens que je croisais me demandaient si ça allait, j’avais tendance à dire spontanément : « Oui ça va et toi ?».

Alors que lorsque ça va moins bien, ça permet aussi d’en parler. Pas pour chercher l’empathie ou autre mais j’avais besoin d’en parler, qu’on me dise « Ça va aller, on est là ».

Et puis aussi, je me suis aperçu qu’en en parlant, il y avait beaucoup de personnes autour de moi qui connaissaient d’autres personnes qui avaient ce type de cancer. J’ai souvent entendu « Il a eu ce type de cancer quand il était jeune ». Ça touche les jeunes, entre 15 et 35 ans, et donc ça m’a permis de me rassurer.

Qu'est-ce qui vous a ressourcé ?

Je suis vraiment mélomane. J’adore la musique classique, la musique actuelle. La lecture aussi.

Ce qui m’a ressourcé, vu que dans ma chambre je ne pouvais pas accueillir beaucoup de monde, c’est d’avoir pu faire des visios, d’avoir pu voir mes proches et échanger avec eux.

Quelle a été la relation cancer/boulot ?

J’étais employé de banque chez BNP Parisbas, donc à l’annonce du cancer, tout s’est arrêté en plein vol.

J’aime bien aller au boulot, passer du temps avec mes collègues, sociabiliser et avoir un rythme.

Ça a été une difficulté pour moi de ne plus travailler.

J’ai la chance de travailler dans une entreprise qui a de la bienveillance vis-à-vis de ses collaborateurs. J’ai même eu des messages de soutien de ma hiérarchie au plus au niveau, ça a été important pour moi.

Déjà, leur parler de mon cancer, c’était une façon de leur dire : « Je vais me battre et je reviendrais plus fort !».

Ça fait du bien de se sentir soutenu.

Après the Voice, souhaitez-vous continuer dans le chant ?

Je travaille toujours chez BNP Paribas, c’est un emploi stable.

Il m’arrive de chanter les week-end, donner des petits concerts, de chanter pour moi, pour mes amis, c’est un vrai moteur.

The Voice, ça a été un challenge pour me surpasser sur le stress, rencontrer un public, de nouvelles personnes.

J’ai une voix un peu d’opéra assez atypique parce qu’elle est aiguë, c’est la raison pour laquelle Florent Pagny m’avait remarqué.

Et c’est d’ailleurs à la même période que moi qu’il a eu son cancer, personne n’est à l’abri et on est tous égaux face à la maladie.

Qu'a changé cette épreuve du cancer dans votre vie ?

On voit la vie différemment.

Tourné vers les autres, j’ai toujours aimé la vie, apprécié les bons moments.

Aujourd’hui, je le fais avec plus de recul, de sagesse.

Je me dis que la vie est courte et qu’elle peut s’arrêter à tout moment.

Prendre le temps, le temps d’écouter les gens mais d’écouter son corps aussi !

Je me rends compte qu’avant je prévoyais toujours pleins de choses et que je ne profitais pas du temps présent. On m’a aidé à comprendre ça par le suivi psychologique.

J’ai aussi appris que la vie est bien trop courte pour se prendre la tête sur des futilités.

Quel message aimeriez-vous donner ?

Par mon témoignage, j’aimerais sensibiliser la cible 15/35 ans sur le cancer du testicule.

Je ne suis pas certain qu’en se palpant à 15 ans et en sentant une grosseur, on va spontanément en parler à ses parents, à ses copains ou encore moins à son médecin traitant.

J’aimerais sensibiliser les jeunes dans les lycées, dans les facultés, à ce type de cancer, c’est primordial !

Nous expédierons toutes les commandes passées jusqu’au 23 décembre à 16h.

Et reprendrons les livraisons le 2 janvier.

Passez de Belles Fêtes !