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Activité physique adaptée : le témoignage d’Axel Lion

Aujourd’hui chercheur, Axel Lion à été auparavant enseignant d’activité physique adaptée au Centre Léon Bérard. Chaque année, avec les autres enseignants d’activité physique adaptée (EAPA), il accompagnait plusieurs dizaines de patients avec, comme support, des pratiques sportives pour les aider à intégrer l’activité physique au quotidien, pendant et après leur cancer.

Bonjour Axel, pourriez-vous nous expliquer votre parcours et pourquoi vous vous êtes intéressé à la thématique cancer et sport ?

Axel Lion, professeur en activité physique adaptée

Je suis diplômé d’un master STAPS Activité Physique Adapté. Par la suite, j’ai été enseignant en APA dans le secteur de l’oncologie auprès de différentes structures. J’ai été amené à accompagner les patients aussi bien sur de l’activité physique adaptée que de l’éducation thérapeutique du patient. J’ai également mis en place plusieurs projets de recherche. Parallèlement, j’ai commencé une activité d’enseignant vacataire à l’UFR STAPS Lyon 1 sur ces sujets et sur mes thématiques de recherche. 

Depuis bientôt 2 ans, je me consacre exclusivement à la recherche et à l’enseignement puisque j’ai débuté un doctorat en sociologie sur les vulnérabilités et les innovations dans le sport.

Pouvez-vous nous expliquer la différence entre une activité physique adaptée et le sport ?

L’activité physique adaptée est reconnue comme une intervention spécifique, réalisée par des enseignants diplômés en activité physique adaptée. Ils sont issus, eux aussi, de cursus STAPS APA. Depuis 2016, les médecins généralistes peuvent prescrire de l’activité physique adaptée aux patients atteints d’affections longues durées (ALD), dont le cancer.
L’APA est donc aujourd’hui pleinement reconnue comme une thérapeutique non-médicamenteuse. Son efficacité a été prouvée à travers de nombreuses recherches et particulièrement en oncologie. 

Cette pratique est donc bien différente du sport qui a une connotation de compétition et de discipline. L’APA utilise comme support des sports, qu’elle va adapter en fonction des besoins et des ressources de ses pratiquants.

Nous pouvons donc demander à notre médecin traitant de nous prescrire de l’APA et il nous orientera ?

Bien sûr, on peut tout à fait demander à son médecin traitant, ainsi qu’aux autres spécialistes, une ordonnance. La prescription du médecin traitant peut-être assez précise puisqu’il peut déjà indiquer, en fonction du dossier médical de son patient, des activités physiques d’une certaine intensité ou d’une certaine durée. Les professionnels en APA exercent majoritairement en centres de lutte contre le cancer (CLCC),mais aussi en libéral sur tout le territoire.
Dans ce cas, il y a plusieurs solutions pour les identifier : la SFP-APA (la Société Française des Professionnels en Activités Physiques Adaptées) qui recense les professionnels sur l’ensemble du territoire. Il existe aussi des plateformes pour orienter la prescription des médecins que sont les DAPAP (Dispositif d’Accompagnement à la Pratique d’Activité
Physique), qui se développent petit à petit partout en France. 

Après avoir obtenu votre prescription, ils vous proposeront un rendez-vous avec un enseignant qui réalisera une évaluation afin de vous orienter sur une structure locale et des associations qui disposent de professionnels formés. Ils pourront vous accompagner en fonction de vos besoins.

L’Organisation mondiale de la santé préconise des recommandations en matière d’activité physique pour la santé, quelles sont-elles ?

Il y a tout d’abord une approche qualitative. Elle s’appuie sur la définition même de l’activité physique : tous les mouvements corporels entraînant une augmentation de la dépense énergétique au-dessus de la dépense de repos. (OMS, 2018). Lorsqu’on bouge, on produit des contractions des muscles squelettiques du corps. Donc, dès qu’on amorce un mouvement, on parle déjà d’activité physique.
Ensuite, il y a l’approche quantitative qui permet de mesurer l’intensité d’une activité physique. On imagine bien que lorsqu’on tape sur le clavier de son ordinateur, on fait bouger ses doigts donc on pourrait le considérer comme de l’activité physique. Mais c’est tellement faible que cela reste une activité sédentaire. Pour mesurer l’intensité d’une activité physique, on utilise une unité qui s’appelle le MET (Metabolic Equivalent of Task).

L'utilisation des METs

Un MET correspond à l’activité du corps lors de l’homéostasie, c’est-à-dire l’activité au repos. Quand on respire, on digère ou on dort, cela équivaut à un MET. À partir de cette mesure, on peut calculer l’intensité des autres activités. Lorsqu’on marche, on se situe entre 1,6 et 3 METs, ce qui correspond à une activité faible. Lorsqu’on fait un jogging ,on est entre 3 et 6 METs, donc une activité modérée. Au-dessus de ces 6 METs, c’est une activité élevée.

L’OMS recommande de faire 30 minutes d’activités modérées tous les jours, à intervalles de minimum 10 minutes consécutives. Cela peut-être n’importe quelle activité, pas forcément du sport ou de l’APA. Quand on fait le ménage, qu’on passe l’aspirateur ou qu’on lave ses vitres : c’est de l’activité physique et c’est largement de l’activité modérée. Quand on se déplace pour aller au travail : à pied, à vélo ou à trottinette, c’est de l’activité physique.
Bricolage, jardin, cuisine… On trouve aussi de l’activité physique dans l’activité professionnelle. Je pense par exemple aux facteurs, aux artisans, aux ouvriers… Toutes ces activités sont bien sûr incluses dans les recommandations qu’il faut atteindre au quotidien.

L'application au quotidien

Ce qui équivaut à 150 minutes par semaine à une intensité modérée.
Il faut idéalement associer ces activités à des renforcements musculaires au moins deux fois par semaine.
Ces recommandations sont bien sûr valables pour TOUT LE MONDE, malade ou pas.
Lorsqu’on travaille derrière un bureau, il faut prendre l’habitude de se lever au moins toutes les heures ou toutes les deux heures.
Pour résumer, ce qui compte, c’est de faire quelque chose. Il faut que cette activité ait du sens pour vous et surtout qu’elle s’inscrive dans le temps. L’important, c’est de vous faire plaisir, cela sera aussi plus facile de le faire régulièrement

Activité physique adaptée

Si vous n’atteignez pas exactement les recommandations, ce n’est pas grave. Il ne faut surtout pas culpabiliser, d’autant plus lorsqu’on est en cours de traitement. Le plus important c’est la fréquence.

Existe-t-il des solutions pour pratiquer de l’activité physique adaptée à distance ?

Il y a aujourd’hui plusieurs solutions : on peut trouver sur Internet des fascicules d’exercices qui sont relativement adaptés à un large public. Il existe de nombreuses vidéos sur Youtube.
L’activité physique par visioconférence se développe énormément : il y a plusieurs associations en France qui s’en occupent. Pour n’en citer qu’une, je parlerai des précurseurs : MOOVEN. Ils sont basés à Montpellier et interviennent dans toute la France. Ils proposent des séances d’APA en direct avec un enseignant qui connaît bien toutes les recommandations requises.

Existe-t-il une différence entre sédentarité et inactivité physique ?

La sédentarité correspond à une situation d’éveil caractérisée par une dépense énergétique inférieure ou égale à la dépense du corps au repos, en position assise ou allongée (1,6 MET) : déplacement en transports, position assise au travail et/ou au domicile, durant les loisirs…
L’inactivité physique correspond à un niveau d’activité inférieur aux recommandations en termes de durée, d’intensité et de fréquence, soit moins de 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée par semaine.
Ce qui peut paraître troublant, c’est que la sédentarité est la qualification d’une activité physique. Il existe donc des configurations où une personne est sédentaire, mais active et à l’inverse, inactive, mais pas sédentaire.

Le manque d’activité physique et la sédentarité sont-ils des facteurs de risques du cancer ?

La sédentarité au quotidien

La sédentarité est un puissant facteur de risque du cancer. Les chiffres suivants représentent le pourcentage d’augmentation des risques de contracter un cancer : 
. 32% pour le cancer de l’endomètre
. 24% pour le cancer du côlon
. 21% pour le cancer du poumon
. 20 % pour le cancer du sein
La sédentarité peut être liée à une prise de poids, à l’accumulation de masses grasses et de graisse intra-viscérale. Ils sont à eux 3 des facteurs cancérigènes. 

De façon plus spécifique : pour le cancer du côlon, la sédentarité réduit la motilité intestinale. Elle augmente aussi, bien sûr, les risques d’autres problèmes de santé tels que le diabète de type 2.

Pour se motiver à pratiquer de l’activité physique, existe t-il des groupes ?

Ce qui me semble important pour bien démarrer sa pratique, c’est une bonne évaluation.
C’est-à-dire faire un point sur ses besoins, ses envies, ses attentes, et ses ressources. La consultation avec le médecin qui prescrit l’APA est déjà une première évaluation. On peut aussi rencontrer un enseignant en APA pour faire un bilan où il va mesurer la condition physique, discuter du passé sportif, les activités qu’on voudrait découvrir ou au contraire ce que l’on proscrit. Tout ça pour co-construire un projet qui puisse être durable et régulier. Il y a autant de singularité en termes de pratique qu’il y a de personnes. Vous pouvez pratiquer seul, en groupe ou avec des personnes qui rencontrent les mêmes difficultés. Ce qu’il faut, c’est trouver ce qui nous convient grâce à cette évaluation objective.

De combien est diminué le risque de cancer du sein chez les femmes plus actives par rapport aux femmes moins actives ?

Le risque est diminué de 20%. Un pourcentage qui grimpe à 50% au-delà de 9h d’activités physiques par semaine. C’est une question de prévention primaire.
Il y a un effet dose-réponse : plus on fait d’activités physiques, plus les risques de cancer diminuent. En revanche, les causes du cancer sont polyfactorielles, l’activité physique ne peut pas prévenir à elle seule.

En quoi l’APA joue un rôle sur la fatigue, le moral, l’acceptation des soins ?

Une étude de 2012 nous a renvoyé un message fort : l’activité physique régulière maintenue pendant les traitements permet de réduire de 30% la fatigue sur tout type de cancer confondu. On peut l’expliquer par ce qu’on appelle le syndrome des 3H : Hypokinésie, Hypoxie, Hypodynamie. C’est le cercle de la sédentarité, que l’on peut briser en incluant l’activité physique.
L’hypodynamie c’est lorsqu’on arrête de faire de l’activité physique, on n’a plus de motivation, on n’y arrive plus pour des raisons parfois évidentes, telles que le diagnostic de la maladie.
Cela entraîne l’hypokinésie : c’est-à-dire la perte de la sensation de la pratique. Celle-ci entraîne l’hypoxie, la diminution des capacités respiratoires pendant l’effort, la récupération, etc. Qui à son tour va ré-entraîner l’hypodynamie. C’est un cercle délétère. En maintenant l’activité physique, on enraye le processus.
Bien d’autres bénéfices ont été démontrés comme l’amélioration de la qualité de vie en général, le sommeil.. Il y a donc un véritable enjeu pendant les traitements. (Nous parlions déjà de ces bénéfices lors de ce bel interview de Vanessa Héry).

Une personne qui serait dans ce cercle, va-t-elle pouvoir en sortir dès la première séance ?

Oui et non. On peut ressentir à nouveau les sensations de la pratique donc l’hypokinésie, en revanche l’hypoxie va mettre plus de temps à revenir. J’insiste à nouveau sur l’importance de trouver une activité qui a du sens pour retrouver la régularité. Le plaisir avant l’objectif.

Quelle est l’activité qui consomme le moins d’énergie et qui serait la plus facile à pratiquer ?

Tout dépend des personnes. Certaines activités “phares” sont souvent citées et sont considérées comme plus efficaces, mais ce n’est pas vrai. On oriente souvent, par exemple, les personnes en surpoids vers les activités aquatiques qui les soulagent d’une partie de leur masse. Néanmoins, si ces personnes sont en radiothérapie, la piscine et le chlore vont être déconseillés.
Ce qui me semble le plus accessible, c’est la marche. On peut ensuite la décliner de plusieurs manières possibles : la marche pour aller faire ses courses, la marche en forêt, la marche sur tapis de course… À chacun de trouver la bonne solution.
ll faut quand même favoriser les sports d’endurance. Il faut prioriser ce qui relève d’une activité continue.

Activité physique adaptée pour les intestins

Comment mesurer l'intensité d’un effort ?

Il existe des outils pour vous aider. Le premier est le talking-test : la capacité à parler pendant un effort physique. Si vous arrivez encore à parler pendant que vous marchez ou que vous courrez, il y a de fortes chances que vous soyez dans la bonne intensité. Si vous n’arrivez plus à parler et que vous êtes essoufflé, vous avez dépassé l’intensité recommandée.

L’échelle de Borg : imaginez une échelle de 0 à 10. 0 c’est le matin, lorsque vous venez de vous réveiller et que vous êtes allongé dans votre lit, donc 0 effort. 10 c’est l’effort maximum que vous pourriez faire aujourd’hui. L’activité physique doit se situer aux alentours de 5 sur 10. Lorsque vous êtes en train de pratiquer, questionnez-vous sur l’intensité de l’effort que vous fournissez. Avez-vous des difficultés à bouger ? Est-ce que vous transpirez ?

Un dernier outil qui ne plaira pas forcément à tout le monde : la formule de Karvonen qui est un calcul mathématique qui permet de mesurer l’endurance fondamentale à partir de la fréquence cardiaque. A partir de la fréquence cardiaque au repos, il vous permet de calculer votre fréquence cardiaque lorsque vous êtes dans l’endurance fondamentale. Cela correspondra à un effort modéré et efficace pour augmenter ses capacités respiratoires, etc.
Lorsque vous avez mesuré votre fréquence cardiaque, vous pouvez les comparer après 10 minutes de marche ou de course.

Comment trouver les associations sportives qui aident pour le cancer ?

Souvent, dans les CLCC, les ERI® (Espaces de Rencontres et d’Informations) sont bien renseignés. Il y aura certainement des prospectus et des liens vers les associations.
Beaucoup de médecins oncologues sont aujourd’hui sensibilisés à cette cause et doivent avoir aussi des connexions. Les comités de la Ligue contre le cancer disposent également d’un réseau très important.
La CAMI (association sport et cancer) est implantée sur tout le territoire français, et est une référence de l’APA.

Une activité physique régulière d’intensité modérée peut-elle réduire les risques de récidive du cancer du sein ?

Il a été démontré que l’activité physique régulière permettrait de réduire de 24% le risque de récidive du cancer du sein. À travers de nombreux mécanismes complexes et pour certains encore inconnus malheureusement : la masse graisseuse, le stress oxydatif..

Comment se renseigner sur les bénéfices du sport ?

Vous pouvez regarder gratuitement en ligne le site de l’AFSOS qui propose des référentiels qui ont été rédigés par des experts et des professionnels de terrain sur différentes thématiques. Il existe à ce jour 3 référentiels, dont j’ai été co-auteur, qui portent sur l’activité physique et le cancer. Ils compulsent les résultats d’études pour en tirer des recommandations.

Que pouvez-vous nous dire pour conclure ?

Je déplore que l’activité physique adaptée ne soit pas encore plus connue aujourd’hui. On entend APA et on ne sait pas vraiment à quoi ça correspond. Sur Internet, on peut même tomber sur l’allocation aux personnes âgées qui porte le même sigle ! Il ne faut pas avoir peur de se lancer et d’y aller, il ne faut pas avoir peur non plus de ne pas réussir à atteindre les recommandations. Pour résumer : se faire plaisir, pratiquer régulièrement et ne pas lâcher. Les bénéfices sont avérés, ça fonctionnera.