Article
gouttes rue du colibri

Personnels soignants, je vous aime !

Portrait de Lionel à l'hôpital avant sa biopsie, une étape de son parcours de soins contre le cancer

Lorsque nous avons reçu le premier récit de Lionel, nous avions remarqué combien le personnel soignant et particulièrement les aides-soignantes avaient aidé et réconforté Lionel pendant son parcours. Dans cette interview, Lionel leur fait une belle déclaration d’amour et nous explique le rôle majeur de soutien que les infirmières et aides-soignantes jouent dans ce parcours.

Dans le parcours, on rencontre des généralistes, des médecins, des infirmières. Parmi toutes ces personnes, lesquelles t'ont le plus marqué et pour quelles raisons ?

C’est le service 2BN (service de chimiothérapie) dans lequel je restais 3 jours à chacune de mes cures.

Il y a certes l’importance du chirurgien, c’est lui qui a amené la chose et qui a œuvré, mais dans la construction de la résilience, ça a surtout été les infirmières que j’ai côtoyées lors de mes 6 cures. Ça a été hyper important. Se sont greffées un peu autour : Dominique, Agnès la socio-esthéticienne et Solène la coach sportive. Et puis, le tissu relationnel que j’ai eu avec les infirmières était super !

Toutes ces personnes ont été rassurantes, pleines d’empathie tout en restant à leur place. Elles ont toujours eu de bonnes paroles et de bons conseils.  Ça a été formidable ! C’était beaucoup plus que “vous allez vous en sortir, ne vous inquiétez pas”. C’était un tas de petites choses.


Elles me faisaient comprendre qu’il ne fallait pas trop se projeter dans l’avenir, qui est parfois sombre, mais de prendre les choses une par une. Avoir certes un objectif, mais ne pas brûler les étapes, y aller doucement pour éviter les déceptions. Pas trop se projeter dans un avenir « oui je vais m’en sortir, non je vais mourir » Non, il faut prendre les choses une par une et voir comment elles évoluent.

Et ça pour toi, c’était réconfortant ? Cela rendait les choses plus petites donc plus atteignables ?

Voilà, il faut les saisir. On a du mal à les saisir et parfois la déception peut être au rendez-vous. Donc, en prenant les choses une par une, on les construit, on les traverse. On avance quoi !

Tu disais que le jour de l’annonce de l’opération indispensable, tu t’es effondré avec ton épouse. Quelle a été la réaction de l’infirmière ?

Elle parlait de manière rassurante. Elle me disait que j’avais pris la bonne décision et que j’étais entre de bonnes mains avec le Docteur Mehus et le Docteur Alexis. C’était des paroles rassurantes quoi !

Elle me confortait dans la confiance que j’avais de l’équipe tout en me rassurant sur la bonne décision que j’avais prise. J’étais ainsi conforté dans ma décision. Je n’avais plus à m’interroger.

Tu as gardé des liens avec ces personnes ?

J’avais envoyé de mes nouvelles à l’une d’entre elles sur Messenger, elle était super contente. Du coup, lors de ma prochaine visite de contrôle, j’envisage de faire un tour dans le service et d’aller les voir … parce qu’elles sont contentes d’avoir de mes nouvelles.

Le service des soins intensifs m’a moins impacté car j’étais vraiment dans les vapes.

Les équipes qui ont eu un impact sur mon moral sont les équipes en amont de l’opération et celles de chimiothérapie.


Quand on reste à l’hôpital pour la chimio 3 jours d’affilée, on crée forcément des liens …

Quand je revenais tous les 15 jours, je revoyais les mêmes personnes, pas forcément dans le même groupe, parce que le service est divisé en 3, mais je les revoyais s’occuper d’autres patients et on discutait quand même … on échangeait. Il est ainsi arrivé à une ou deux d’entre elles, même si elles n’étaient pas dans l’équipe chargée de mon accompagnement, de venir me voir dans ma chambre pour prendre des nouvelles.

Si tu avais un mot que tu aimerais leur dire, ça serait quoi ?

« Je vous aime. » D’ailleurs, le dernier jour de ma première cure c’était le jour de mon anniversaire. Une aide-soignante est ainsi entrée dans ma chambre avec une infirmière et elles m’ont souhaité mon anniversaire alors que je n’avais pas dit un mot, à personne ! Je leur ai dit spontanément “le plus beau cadeau que je puisse avoir aujourd’hui c’est VOUS”.


Chaque infirmière et aide-soignante a sa personnalité. Pour une ou deux d’entre elles, on pouvait se dire « Oh bah celle-là, elle a l’air froide » et finalement pas du tout !


Travailler dans des services comme ça, c’est être une personne exceptionnelle ! Ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir accompagner des patients dans la souffrance. Moi, je voulais avancer. Pour d’autres, l’acceptation est plus difficile ! Certains peinaient à accepter, ils étaient dans une vraie souffrance psychologique : stores baissés, la couverture remontée jusqu’au menton et parfois agressifs. Il faut s’occuper de ces personnes-là, avoir de la considération pour elles et leur parler.  Elles ne peuvent pas les considérer comme un poids mort ou un boulet. Donc elles encaissent … à mon avis, elles encaissent beaucoup.

J’avais échangé sur ce problème-là avec une des infirmières. Moi j’avais connu cette même détresse dans ma vie antérieure… dans mon boulot, le même problème. Ainsi, quand j’arrivais sur quelque chose de dramatique, je me mettais dans une bulle pour pouvoir accomplir mon travail correctement. J’étais gendarme, on avait, un jour, un travail à accomplir sur le suicide d’un adolescent. Les parents étaient là mais on devait faire notre boulot.

Et j’ai dit aux infirmières « quand vous êtes ici, ça doit être exactement pareil ». Vous vous mettez dans une bulle. Vous préservez ainsi votre vie intérieure. Elles sont imperméables mais en même temps elles donnent beaucoup.