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gouttes rue du colibri

Socio-esthétique et estime de soi dans le cancer

Une image soignée par Hélène Nicolle Géhant

La socio-esthétique est un moyen puissant pour retrouver l’estime de soi pendant un parcours de soin dans le cancer. Notre échange avec Hélène Nicolle Gehant (cf. Le portrait d’une socio-esthéticienne) nous a fait prendre conscience de toute son utilité.

Les esthéticiennes qui la pratiquent agissent de concert avec les autres professionnels de santé pour aider les patients à traverser au mieux cette épreuve. Outre le bien-être physique et psychologique qu’elle apporte aux patients, elle agit également de manière bénéfique sur l’image de soi.

Les associations de patients, comme la Ligue contre le Cancer ou Europa Donna, ont bien compris son efficacité. C’est pourquoi la socio-esthétique fait partie des premières activités qu’elles financent.

La socio-esthétique tout au long du parcours de soin contre le cancer

Les prestations dévolues, qui sont gratuites pour les patients qui en bénéficient, s’adressent à toute la population : hommes, femmes, adolescents et enfants. Chaque patient est libre de solliciter les services d’une socio-esthéticienne au sein de l’hôpital qui le soigne.

Outre les soins techniques d’esthétique, évoqués dans un précédent article (Socio-esthétique et bien-être des patients dans le cancer), la socio-esthéticienne accompagne le patient tout au long de son parcours de soin.

  • Avant, elle informe et renseigne le patient, notamment des effets secondaires du traitement.
  • Pendant, elle soigne le corps (à travers les soins comme les massages) et l’âme à travers des échanges et des moments de partage.
  • Après, elle sert de passerelle entre la maladie et « l’après-maladie ».

Les soins dispensés, en atténuant les souffrances ressenties (physiques et/ou psychologiques), œuvrent au bien-être du patient. Mais ils agissent également sur l’estime de soi par la réconciliation avec son image et son corps, modifiés par la maladie et les traitements. La combinaison de ces effets concourt à une meilleure acceptation du traitement. Agissant tant sur le plan physique que sur le plan émotionnel, elle augmente les chances de réussite.

Une reconstruction de l’image pour une meilleure estime de soi

Lorsque l’on est atteint d’une maladie grave telle que le cancer, l’estime de soi est fortement impactée. En cause, les changements physiques que subit notre corps notamment à cause des traitements : chute des cheveux, brûlures de la peau, acné, chute des ongles, etc.

Avec la maladie, ce sont des petites parties de nous-même qui disparaissent ou qui se trouvent modifiées. Il est alors difficile – selon le ressenti de chacun – de faire face au regard des autres mais également à son propre regard.

La socio-esthéticienne, à travers les soins proposés mais également les temps de parole, œuvre à réconcilier les patients avec leur corps. Elle libère peu à peu les barrières que la maladie a dressées entre les deux. Apprendre à regarder ce corps, (ré)apprendre à le toucher, à l’accepter. Par exemple, un travail sur la cicatrice peut être réalisé : apprendre à la regarder, à la palper afin de mieux l’accepter.
Accessoires de beauté en socio-esthétique
Il s’agit également d’apprendre ou réapprendre à prendre soin de soi. Prêter attention à son apparence, oser une coquetterie, se faire maquiller, ou tout simplement se mettre de la crème sur le corps.

Ce travail sur l’estime de soi est primordial. En effet, il concourt à la réussite du traitement, au mieux vivre des soins et à la bonne entente avec l’équipe soignante. De plus, il est attesté qu’avoir une bonne estime de soi diminue les risques de problèmes chroniques post-traitement et de récidive.

La resocialisation après le cancer

« L’après-maladie » est une période vécue différemment selon les personnes en rémission. Toutefois, presque toutes s’accordent pour dire qu’il s’agit d’une période de reconstruction. Car la maladie entraîne souvent une remise en question de sa propre vie d’où peuvent résulter des changements aux niveaux professionnel et/ou personnel.

Selon Hélène, « pour certains patients, leur vision de la vie reste la même car ils n’ont pas eu la force ou l’envie de faire un travail sur eux-mêmes. Ou n’en ont tout simplement pas ressenti le besoin. Ils souhaitent avant tout reprendre leur vie et n’auront pas été réceptifs à l’accompagnement. »

Pour les autres patients, réceptifs, le travail de la socio-esthéticienne ne s’arrête pas au moment de la guérison, comme mentionné plus haut. En effet, les personnes en rémission peuvent solliciter des soins. Souvent, une relation de confiance s’est nouée entre le patient et la socio-esthéticienne. Cette dernière fait donc office de passerelle entre la maladie et l’après.

En effet, de par leur domaine d’intervention à savoir le corps et l’image de soi, mais aussi à travers leur expertise du toucher, les socio-esthéticiennes favorisent la libération de la parole et des émotions. Aussi, les séances de soin contribuent pleinement à redonner aux personnes fragilisées confiance en elles en veillant aux problèmes de repli sur soi, d’errance et de perte d’élan.

Par conséquent, ces praticiennes tendent à améliorer les relations des patients avec les autres et à favoriser leur réintégration dans la vie « normale ».

Retenons donc que la socio-esthétique est un formidable outil pour regagner l’estime de soi et se reconstruire pendant et après un cancer. On ne peut que souhaiter que toute personne malade puisse en bénéficier.

Merci à Gwladys Seabra de nous avoir une nouvelle fois accompagnées dans l’élaboration de cet article.